14 2000 des Bauges

Texte : Fred Machabert | Photos : Julien Raison

« Les Quatorze 2000 des Bauges, c’est quoi ? ».

L’objectif est de relier les 14 sommets à plus de 2000 mètres du massif des Bauges.

« Quelle idée ! Pourquoi tu fais ça ? »

J’habite ici depuis 5 ans. Quand je suis arrivée, je voulais visiter chaque sommet visible depuis ma terrasse. Puis le projet s’est emballé… mais ce n’est pas moi qui l’ai rallongé toute seule !

10 juin 2025, je me fais opérer d’une reprise de ma cicatrice artérielle (Une angioplastie, ndlr) en anesthésie locale à Lyon. Rien d’extraordinaire, juste la volonté de courir sans douleurs, choses qui ne m’est pas arrivé depuis deux ans avec cette pathologie de l’endofibrose de l’artère iliaque externe.

Avant de repasser par la case hôpital, j’en ai profité pour réaliser un projet qui me tenait à cœur : Les Quatorze 2000 des Bauges !

Faute d’avoir des sommets à 8000 mètres comme en Himalaya, nous en avons quatorze à 2000 mètres. A ces altitudes, pas besoin d’oxygène, je vous rassure ! C’est simple et très joli. A l’image de ce massif. Chaque sommet a sa particularité esthétique : parfois très technique, souvent beaucoup de cailloux et de belles crêtes et arêtes.

Avant de repasser par la case hôpital, j’en ai profité pour réaliser un projet qui me tenait à cœur : Les Quatorze 2000 des Bauges !

L’idée de relier tous ces sommets est d’abord venu de mon ami François (Dhaene) qui habitait dans le coin à l’époque (puis il est tombé amoureux d’un autre massif très joli aussi: le Beaufortain). Ils avaient réalisé ce défi, sans trop le préparer et avec un litre d’eau, mais l’idée était vraiment bonne. Puis le local Aurélien Dunan Pallaz place un record à 14h26 en 2020 avec une trace qui est très belle et optimale. Plusieurs copains se sont ensuite lancés à l’attaque de ce défi en un ou plusieurs jours. La trace a été optimisée et scrutée de près par Antoine, le chef de ce genre de projets !

 

J’avais en tête ce projet, mais pas trop rapidement non plus…Et oui, une fois accompli, je ferais quoi ? Je n’avais pas envie quitter les Bauges après cela ! J’ai toujours aimé bouger que ce soit à la Réunion, en van pour travailler et découvrir plein de régions. Je ne pensais pas rester aussi longtemps ici quand on a posé les valises…

La météo est capricieuse depuis quelques jours et il pleut beaucoup. Je planifie une fenêtre météo très courte et plutôt optimiste. Le terrain ne sera pas sec c’est sûr mais je le tente quand même, malgré des avis mitigés des copains !

 

4h00. Antoine, Chachou et Emeline m’emmènent au départ. Un selfie et c’est parti ! Je pars seule depuis “Cul du bois”, un hameau de Doucy en bauges. Le sol est trempé et boueux. Le vent se lève sorti du bois et le brouillard est bien présent. Je me dis surtout que plus il va souffler, plus les nuages vont partir et plus ça va sécher ! Optimiste, toujours. Il faudra attendre midi pour que ça se lève sur les sommets !! A 5h15 j’atteins le premier sommet : le Trélod. Je ne traine pas : il fait froid ! Je retrouve Antoine et les filles un peu en avance. Tout le monde dort. Je les réveille puis je repars.

Julie (Roux) arrive tout juste sur la route, se gare au bord vite fait pour attaquer avec moi la montée du deuxième sommet. Cette nana tu lui propose n’importe quel projet elle est là avec son gros moteur et sa bonne humeur. (Longue vie à nos balades improvisée)

On discute beaucoup, Colombier atteint, on redescend et on croise Massamba aux chalets de la Fully. Puis ça déroule jusqu’à Epernay où je retrouve la team ! Tout va très bien ! Un Kinder Bueno et c’est reparti avec Simpac’ (Paccard) et Julie. Elle tournera à gauche pour récupérer sa voiture car elle doit rentrer. Simon pense partir pour 4h… il fera finalement 12h avec moi. Simon a habité dans les Bauges pendant des années. Il fait une infidélité cette année pour aller découvrir le massif des Aravis. Mais il connaît par cœur les sentiers ici. Il a rejoint la team Salomon cette année. Pour décrire Simon je dirais “zéro gestion” donc il a sorti ses bâtons, appris à randonner tranquillement avec la grande (et appris un truc dingue : la patience).

On enchaîne les sommets sur la belle crête au-dessus de la combe de Savoie. Joris nous rejoint sur l’arête, le trio monte l’Armen au seuil, mené par Simon évidemment !

J’aperçois Julien (Rai) avec sa caméra et le drone qui nous filme entre nuages et ciel bleu jusqu’au Pécloz: sommet numéro 8. La longue descente vers le Vallon de Bellevaux commence à faire sentir les cuisses. A Nant Fourchu, je retrouve Antoine et d’autres copains qui ont rejoint l’aventure. Je change de chaussures pour tester aussi des choses. Ce genre de projet, c’est aussi l’occasion de valider (ou pas) du matériel et de l’alimentation sur de longues heures dehors avant les courses.

On repart à 16h avec une bonne équipe : Louis et son ami, Jojo et Simon qui continuent avec moi. On relance fort dans la bosse car Louis et Gabrielle sont tout frais. Je temporise un peu quand même. Au sommet de l’Arcalod, Chachou et Emeline m’attendent avec leur plus belle peluche : panpan ! Elles sont en randonnée dans le coin et bivouac juste en dessous ce soir. Génial de les voir au plus haut sommet !

Puis au Col d’Orgeval, Marie et Antoine nous rejoignent. Antoine vient nous ravitailler en VTT, ça n’a pas de prix ! L’arête entre Chaurionde et la Sambuy est magnifique et je ne l’avais pas faite depuis 5 ans. Trop contente d’être là, si près du but.

Antoine arrive tout juste sur la route du col de Tamié pour nous ravitailler une dernière fois. Simon continue l’aventure avec nous et me demande si on prend une frontale ? L’idée est de ne pas la sortir ! Donc il met un gros rythme dans la montée pour arriver là-haut pour les dernières lumières. Le soleil est rouge et la lune est quasiment pleine, c’est juste magnifique.

En revanche, la dernière descente dans le bois est sombre !

 

18h17 pour boucler cette trace et surtout une journée parfaite entourée des amis !

Vivi et Marie mes amis bretons ont achetés des pizzas et des bières. Au van au milieu de la forêt : simple et trop cool !

En réalité je suis trop contente d’avoir coché cette petite liste mais je n’ai qu’une envie : faire découvrir ces belles crêtes et arrêtes à tous ceux qui m’ont dit “mais ça a l’air trop beau ! “ Pour l’heure, pas de déménagement de prévu !

 

Bref. Je suis devenue chauvine d’une région dans laquelle je n’ai pas grandi. Née à Saint Etienne, j’ai aimé voyager et travailler un peu partout pensant que je ne me poserais jamais. Mais je crois que j’ai trouvé un endroit où je suis bien.